Alimentation locale et végétale : réconcilier deux concepts dans un contexte de crise climatique

Pour réduire son empreinte carbone, il vaut mieux commencer par manger local” : voilà une affirmation fréquemment avancée lorsqu’on aborde la thématique de l’empreinte de notre alimentation. Mais est-ce vraiment le cas ? Cet article se penchera sur cette conception répandue pour tenter de la nuancer.

Manger local pour réduire son empreinte carbone : la solution ?

Face à l’urgence climatique, l’une des prérogatives qui a largement été diffusée dans les discours politiques a été de “manger local”. Bien qu’il s’agisse d’un message de soutien important pour les petits producteurs de notre pays et que manger local reste bénéfique pour l’économie de proximité, la solidarité, les conditions de travail – et bien d’autres aspects -, il s’avère malheureusement peu efficace dans la lutte contre le réchauffement climatique, lorsque celui-ci n’est pas accompagné d’une réelle transformation de la composition de nos assiettes.

L’idée selon laquelle “manger local” serait LA solution pour réduire l’empreinte carbone de notre alimentation est remise en question, car les émissions de gaz à effet de serre liées au transport représentent généralement une part minime de l’empreinte carbone totale des aliments, soit généralement moins de 10% des émissions.

Une analyse des émissions de gaz à effet de serre associées à différents produits alimentaires révèle d’énormes écarts en terme d’émission de gaz à effet de serre : la production de viande de bœuf émet 60 kilogrammes d’équivalents de CO2 par kilogramme, tandis que la production de pois n’en émettent qu’un seul.2

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Ainsi, manger local ne réduit que légèrement les émissions, car ce n’est pas tant la localisation géographique que le type d’aliment qui détermine l’empreinte carbone d’un repas.

Le fait de s’abstenir de consommer des produits d’origine animale une fois par semaine permettrait de réduire davantage nos émissions de gaz à effet de serre que de manger exclusivement local sept jours sur sept.

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Mais alors, quels sont les avantages d’une alimentation locale ?

En achetant des produits locaux, vous soutenez directement les agriculteurs de votre région. Cela permet d’encourager les exploitations agricoles familiales, de maintenir la diversité des cultures et de renforcer l’économie locale, en favorisant les circuits courts.

De plus, rien ne vaut la fraîcheur des produits locaux. En choisissant des fruits et des légumes cultivés ou fabriqués à proximité, vous avez la garantie de déguster des aliments à leur pic de fraîcheur. Les aliments locaux sont souvent récoltés à maturité, ce qui se traduit par une qualité en terme de goût supérieure et une expérience culinaire plus gratifiante.

Manger local permet également de retracer plus facilement l’origine de la nourriture qui se trouve dans votre assiette et la façon dont elle a été produite.

Et puis, vous contribuez – tout de même – à réduire les émissions de carbone associées aux transports des aliments sur de longues distances.

De manière générale, manger local est un pas de plus vers la prise de conscience de nos habitudes de consommation. C’est un concept très intéressant à inclure dans une réflexion plus large sur nos modes de production (utilisation de pesticides, rotation des cultures, agriculture et élevage intensif, etc.).

N’oublions pas que manger local est un spectre. Vous pouvez manger local en consommant des produits provenant de votre jardin, de la ferme de votre voisin, de votre région, de votre pays, d’un pays voisin, de l’Europe, etc. La perception de la localité d’un produit diffère grandement d’un individu à l’autre. À l’heure actuelle, il n’y a pas de définition claire de ce qu’est un “produit local”.

Manger local et végétal : une mission impossible ?

Dire qu’il vaut mieux manger local que végétal sous-entend qu’il serait difficile, voire impossible, de répondre à nos besoins nutritionnels uniquement avec des aliments d’origine végétale produits localement.

Pourtant, la plupart des régions dans lesquelles nous vivons (lorsqu’on ne vit pas en plein milieu du désert ou dans un coin reculé de l’Antarctique) disposent d’une grande variété d’aliments végétaux qui peuvent satisfaire nos besoins nutritionnels quotidiens (fruits, légumes, céréales complètes, légumineuses, graines et noix).

Malgré cette disponibilité, certains de ces aliments, notamment les légumineuses, sont souvent délaissés dans nos habitudes alimentaires. Cela n’est pas dû à l’impossibilité de cultiver ces aliments, mais plutôt à des facteurs historiques et culturels, ainsi qu’à des modèles économiques3 où l’offre s’adapte à la demande. L’intérêt croissant pour une alimentation végétale pourrait conduire à un regain d’intérêt pour la culture de légumineuses dans les régions où elles sont actuellement négligées.

Manger local et végétal est non seulement possible, mais également vivement encouragé ! Il vous suffit d’être plus attentif à l’origine des produits en rayons et d’explorer les options disponibles près de chez vous, notamment en se rapprochant des producteurs de votre région, des magasins bio, des coopératives et des marchés locaux.

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Ressources

  1. FAO, “Un nouveau rapport de la FAO trace la voie vers une réduction des émissions dues à l’élevage”, https://www.fao.org/newsroom/detail/new-fao-report-maps-pathways-towards-lower-livestock-emissions/fr ↩︎
  2. Hannah Ritchie, “You want to reduce the carbon footprint of your food? Focus on what you eat, not whether your food is local“. ↩︎
  3. Ophélie Véron, “planète végane↩︎

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